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23 octobre 2021

Arrestations tous azimuts, magistrats en rébellion, enseignants en défiance, menace de la CMA, acteurs politiques disperses… Jusqu’où nous mènera la Transition ?

Choguel K Maiga et Assimi Goita

Malaise dans la justice, arrestations de hauts gradés de l’Armée, des enseignants va-t-en-guerre et prêts à prendre l’année scolaire en otage, une classe politique plus que jamais divisée, une bonne partie de la communauté internationale bande des muscles pour le respect des engagements, notamment le délai pour la fin de la Transition et se fait applaudir par une partie des Maliens…Le tableau gagnerait à être plus reluisant pour créer les conditions de l’unité et de la cohésion nationales au Mali, disons une entente entre Maliens sur l’essentiel pour pouvoir relever les nombreux défis et faire face aux menaces car l’ennemi commun n’est pas malien.   

C’est vrai que la lutte contre la corruption constitue une des préoccupations majeures des populations et ne saurait donc être ignorée par tout discours populiste qui veut “pénétrer les masses”, pour parler comme les communistes. C’est pourquoi, dès son entrée en fonction, en 2013, le président IBK en avait fait son cheval de bataille. Mais face à la complexité de la tâche, il a dû abdiquer parce que c’est un combat contre soi-même qu’un dirigeant d’un Etat comme le Mali doit mener en déclarant la guerre aux corrupteurs et corrompus parce qu’ils peuvent être à la fois partout et nulle part, dans tous les secteurs de la vie nationale, jusqu’au seuil ou à l’intérieur du palais présidentiel.

Dans l’Armée, la justice, l’administration générale, les milieux scolaires et universitaires, les cercles financiers, les services de gestion domaniale et foncière, les marchés publics, les services de fiscalité, etc. la corruption existe parce que l’ivraie y coexiste avec la bonne graine.

C’est à l’image de beaucoup de pays africains où, le phénomène étant tellement ancré dans les mœurs, on trouve normal de profiter de sa stature de fonctionnaire de l’Etat ou d’homme politique pour s’enrichir et enrichir de façon illicite ses proches et protégés, voire ses associés d’affaires underground.

Soigner une maladie, ce n’est pas seulement de prescrire des calmants pour faire disparaître la douleur. Mais il faut attaquer le mal à la racine. En d’autres termes, en lieu et place de palliatifs, il faut carrément des remèdes contre la corruption devenue endémique.L’on comprend bien que pour soigner un mal si profond, il faut bien des remèdes à la fois puissants et efficaces et surtout rapides pour anticiper sur la gangrène éventuelle. Et cette image permet certes de comprendre la démarche assez musclée empruntée par la Transition pour secouer le cocotier afin de faire tomber les fruits pourris. Sauf que, malheureusement, en secouant vigoureusement, on risque aussi d’y perdre des fleurs, pourtant innocentes, mais emportées par le mouvement.

C’est dire que lutter contre la corruption, c’est bien. Surtout si cela répond aux vœux des Maliens. Mais vouloir n’est pas systématiquement pouvoir. On tente, on essaie, on fait des erreurs au cours du process et on les redresse au fur et à mesure. Mais vouloir aller droit au but et présenter des résultats illico presto, comme s’il s’agissait d’un sprint, relève de l’utopie. En effet, la lutte contre la corruption n’est pas une course de vitesse, mais une véritable course de fond.

Alors, comment faire comprendre au Malien Lambda qu’il lui faut faire preuve de patience pour voir les premiers résultats. Et avec les procédures judiciaires cela pourrait prendre des années ? C’était possible si on ne lui avait pas fait comprendre que la lutte contre la corruption légitimait la rupture de l’ordre constitutionnel ; qu’elle constituait une des raisons d’un deuxième coup d’Etat en sept mois, même si par euphémisme on l’appelle rectification de la Transition ; que la lutte contre la corruption est au centre des activités de la Transition…Alors, ceci justifiant cela, nécessairement, le citoyen Lambda réclame des résultats, hic et nunc.

Cela doit-il amener à ces interpellations tous azimuts, comme si Dame justice se réveillait subitement d’un long sommeil ? C’est l’image la mieux partagée au sein de la population. Quelque part, cela peut paraître contreproductif parce que faisant germer un foisonnement de questionnements dans la tête du citoyen, lequel ne comprend pas pourquoi, avec les mêmes juridictions, les mêmes magistrats, rien ne bougeait. Pourquoi maintenant cela démarre en trombe ?

S’y ajoute que cette traque des fossoyeurs de l’économie malienne, malheureusement, est en train d’installer un malaise au sein de la justice, avant même les premiers jugements promis vers la fin de cette année à travers une session spéciale de la Cour d’assises. En effet, quand des magistrats se rebellent contre l’institution judiciaire et se lancent dans des sorties publiques et des déclarations incendiaires, eux qui sont pourtant tenus au secret professionnel, c’est parce que, visiblement, il y a problème car c’est hors de l’ordre normal des choses.

Les arrestations opérées dans les rangs de l’armée, à des niveaux élevés de la hiérarchie militaire, provoquent aussi une certaine panique dans les corps habillés où tous ceux qui ont eu à gérer des marchés publics ou à y intervenir, sont sur le qui-vive. Cela arrive au moment où, dans les rangs de l’armée, le clairon du resserrement des rangs a sonné pour résoudre la crise sécuritaire, dossier sur lequel la Transition est beaucoup plus attendue que sur nul autre.

La crainte, c’est de tomber dans une justice sélective parce que, comme dans tout régime, il y a évidemment des intouchables parce que les interpeller reviendrait à signer la branche sur laquelle sont assis les tenants du pouvoir. Un scénario qui pourrait arriver un moment où, de façon inattendue, l’exploitation d’un dossier arriverait à happer quelqu’un dont l’interpellation serait très gênante pour les autorités de la Transition, lesquelles devraient s’attendre à tout avec cette révolte de palais sonnée au sein de la Cour suprême par des magistrats.

Mais tout ce ramdam, c’est une conséquence des poursuites judiciaires engagées contre des citoyens au nom de la lutte contre la corruption, pourrait-on nous rétorquer. On pourrait même ajouter : pour faire des omelettes, il faut bien casser des œufs. Mais, entre nous, faut-il par besoin d’omelette casser tous les œufs du poulailler pour ne plus avoir de poussins ?

Loin de nous donc l’idée de jeter l’anathème sur les procédures en cours au niveau de la justice. Mais il s’agit, pour nous, de réfléchir à haute et intelligible voix, réfléchir par l’écriture pour partager nos idées avec tous les Maliens afin que, quelles que soient l’appartenance politique ; le niveau d’ancrage dans le pouvoir actuel, disons celui de Transition ; le désir de changement et de refondation de l’Etat, l’on n’arrête jamais de penser que la finalité, c’est de construire un Mali où il fait bon vivre dans la paix et la cohésion nationales. Ce qui nécessite, qu’on le veuille ou non, une dynamique unitaire pour rassembler tous les fils du Mali autour de l’essentiel.

C’est d’autant plus important qu’à côté du Mali, un pays qui a vécu une douloureuse expérience de déchirement national, avait vu ses acteurs de la justice divisés en pro et anti, son armée partie en lambeaux, ses intellectuels trop partisans pendant que ce pays étaien voie de dislocation. Le résultat fut catastrophique. Que Dieu nous en préserve ! Mais “aide-toi et le ciel t’aidera !” dit l’adage. C’est pour simplement dire : jusqu’où tout cela va-t-il nous mener ?              

                 Amadou Bamba NIANG

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